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Je me pose sans arrêt cette question et à ce jour, n'ai toujours pas trouvé la réponse... Mais, se doit-il en fait, d'en avoir une? Permettez, que j'en doute!

mercredi 3 novembre 2010

Un couac au départ...

Par-delà les Maux " Balades et divagations des âmes"

Chapitre quatre - Un Couac au départ…

Nous nous sommes engouffrés tous trois dans ma vieille tire qui nous attendait sur le parking plein ciel, depuis déjà un certain laps de temps… Elle avait sans doute mal supporté les brusques changements climatiques automnaux car la clef de contact à peine tournée, elle se mit à tousser, prise d’une quinte de toux terrible. Porté par ma nature généreuse, bourrée de bonnes attentions, mes doigts se mirent à la recherche d’un quelconque antitussif au fond de mon sac. Je dus me rendre à l’évidence, pas plus de pastilles Pullmoll que de Bronchitol pour lui dégager la toux et fluidifier son appareil respiratoire ! Allait-elle nous laisser en rade, nous qui goûtions à peine à la liberté ?

Non, elle n’était point muette mais devant ses signes de faiblesse manifestes, elle n’était pas loin de passer de vie à trépas !

Aïcha attendait patiemment sans doute pensive, mais cool et zen sur la banquette arrière et moi qui n’en finissait pas de tourner et retourner la clef dans tous les sens, espérant non plus l’entendre tousser, mais réellement s’agiter…

- Chiotte de bagnole, si t’as du cœur, oublie ta mort imagée et démarre… Saleté ! Me suis-je écrié, fou de colère.

Le mauvais œil s’était-il braqué contre nous, la poisse ne s’arrêterait-elle jamais ? Mais me fallait-il tempérer et me dire qu’en de pareilles circonstances, en de tels impondérables, certains appellent ça la poisse, et d’autres appellent ça la vie !

La pluie soudainement redoubla de force, de violence… Je me suis mis à penser, retrouvant un peu de ma lucidité, oubliant l’idée saugrenue des antitussifs pour faire démarrer ‘ Titine’… Une autre idée toute de lumière vint à me traverser l’esprit… plus claire, posée, d’une belle transparence. Tiens donc, une fois n’est pas coutume ! Un brin de lucidité m’envahit et me suis mis à sourire, l’idée en moi venait de germer aussi belle qu’un pois de senteur mais je le craignais déjà, aussi fragile qu’une plume : aller demander de l’aide, mais à qui ? A l’ex-taulier « John » ou à l’un de ses sbires ?

Charles commençait à bouillir et brusquement sortit de la caisse. Le visage dégoulinant, fringues trempées et chaussures ressemblant plus à d’immenses paquebots, il contourna la bagnole et lui asséna de multiples coups assassins sur la tronche au point de laisser traces sur la carrosserie, de son passage… Enragé comme un diable d’attendre le bon vouloir de Madame l’utilitaire de service, qu’elle veuille bien suivant son bon vouloir, amorcer le moindre bruit à notre égard. Il ne pouvait lui pardonner, devant son refus d’obtempérer. Quelle galère pensa t-il ! Lui, d’ordinaire si posé ne pouvait accepter cet état de fait qu’il considérait comme une trahison, pire : un échec.

Sorti de son flegme habituel, il ne souhaitait que prendre sa vengeance sur ce maudit et pourtant si banal coup du sort… Après tout, une voiture qui ne démarre pas, fait banal qui arrive à tout le monde, mais lui ne l’entendait plus de cette oreille là ! Tant de déchirures, d’émotions en lui, portées et soutenues il avait vécu, que manifestement il ne voulait plus en aucun cas revivre cela et pour lui ces minutes qui n’en finissaient pas à attendre amorce de démarrage, nouveau départ, étaient calvaire… Plus, un enfer !

Ses mots longuement retenus, bridés au fond de ses neurones se firent vifs et assaillants au bout de sa langue… Alors, la lui couper, non certes… Mais une fois de plus, le ramener à la raison !

Je suis sorti à mon tour de cette carlingue qui refusait tout acte de coopération, m’approchais de mon ami… Il n’était point à prendre avec des pincettes, loin s’en faut !

- Charles arrête, tu n’es plus un enfant, encore moins un surhomme, alors tu ne feras pas de miracle… Laisse tomber ! A quoi sert de la désosser ? Tu piges pas, elle ne te comprend pas, vous n’êtes pas sur la même longueur d’onde.

En ces instants, machinalement, je me suis mis à tirer 3 points suivis de 3 traits et pour finir encore 3 points, espérant quoi ? Mais en vain, mon S.O.S lui aussi avait pris le bouillon sous cette pluie torrentielle… Personne ne vint m’aider à le raisonner.

Son verbe se fit entendre à mille lieux à la ronde, langage châtié tel un sale gosse et pourtant à n’y rien comprendre, à son taf, pas une goutte d’alcool ! Pas moyen de le contenir, ce n’était plus du sang qui coulait en ses veines, mais un drôle de mercure… Chaud, si chaud, que le soleil par magie vint à apparaître entre les nuages de ce ciel plombé.

Il n’en finissait pas de colérer et d’injurier copieusement ‘Titine’ qui elle s’en foutait éperdument.

- Tu vas démarrer… J’ai envie de me tirer, moi et pas à pinces… Tu comprends, envie de rentrer chez moi !

Comme pour accompagner et mieux lui faire comprendre, il lui assénait des coups encore plus violents sur les portières, en lui gueulant après...

- Marre de tes chinoiseries ma beauté, envie de partir… Alors, t’arrête de tousser et tu te mets en branle… Pigé !

J’eusse aimé que ceci ne soit qu’un aparté, que ce discours dont il était narrateur et seul spectateur, se terminât rapidement… Qu’il soit le plus éphémère possible, que de sa bouche pipelette, enfin il se tût ! Ce spectacle devenait angoissant, voire extrême, je ne pouvais y prendre goût, l’impression d’assister à la mort du cygne en direct… Mais ce n’était point un volatile qui du fond des yeux, parfois me jetait un regard perdu, un homme, un ami dont la citrouille était vide, sans vie avec toute sa versatilité, tantôt doux et tendre, en d’autres moments, hyper-chiants… Bordel, quelle inconstance !

Dommage, je n’avais point à disposition de psyché afin qu’il puisse voir son image… Je l’ai regretté, sans doute eut-il compris son comportement, son erreur et en aurait-il tiré conclusions…

Le ciel s’ouvrit petit à petit, la pluie cessa… Un bruit sourd venu du ciel se fit entendre… Le bruit d’un avion, d’un quadrimoteur…

Sam ! Se mit à hurler Charles… En son délire, scrutant ce fameux ciel pour lui obscurci, il lui avait semblé reconnaître l’appareil de son défunt grand-père, As de la Royal Air Force… Il jubilait, trépignant de joie…

- Vas-y, fais la sauter cette caisse à savon…

Mais pas d’Hadley Page Halifax à l’horizon… Le bombardier avait-il été dérouté ou manquait-il tout bonnement de munitions ?

N’en pouvant plus, je me suis de nouveau assis au volant, et d’un quart de tour ai tourné la clef de contact… ‘ Titine’ ne toussait plus… Le soleil lui avait réchauffé le corps, elle se mit à ronronner ! J’ai happé Charles, l’ai forcé à s’asseoir…

- C’est fini mon pote, lui ai-je dit, en le réconfortant.

Nous n’avons pas eu besoin de véhicule à coussin d’air pour être enfin de l’autre côté du portail… Heureux, libres, enfin !

La fête, la joie, ce soir au village…

Deux heures plus tard, nous posions tous les trois nos fesses autour d’une table, en un bon restaurant… Au menu, poulet chinois… Saveurs des parfums… Saveur d’un moment inoubliable !

MICHEL

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