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Je me pose sans arrêt cette question et à ce jour, n'ai toujours pas trouvé la réponse... Mais, se doit-il en fait, d'en avoir une? Permettez, que j'en doute!

samedi 23 octobre 2010

Enfermement...

Part 1

Seuls, deux pins cinquantenaires et quelques cyprès florentins entouraient la tonnelle de l’espace extérieur, morbide, de cette clinique psychiatrique… L’univers était-il si déprimé lui aussi, que par terre se confondaient poussières de météorites mélangées au gravier décoloré ? En regardant de plus près, aucun phénomène paranormal, aucun petit homme vert venu de la planète Mars ou d’ailleurs. Nul besoin de revoir le système de la formation de l’univers, la cosmogonie science exacte, alors ? Tout comme les espèces ?

De notre petit groupe faisant les cent pas, cigarette au bec, l’un de nous s’avança vers le centre non point de l’univers, mais de cette minuscule cour… De la pupille centrée, en son iris fantastique digne du plus beau kaléidoscope, notre ami Charles venait d’apercevoir gravé à jamais pour l’éternité, sur une roche calcaire servant d’ornement décoratif, le premier archéoptéryx. Nous connaissions la vie antérieure de notre pote, éminent et émérite scientifique, ex-chercheur du CNRS, adulé de son jeune temps par ses pairs, pour ses méritantes recherches… Mais, comme nous tous, il avait sombré au plus profond de sa déchéance, perdu entre alcools vaporeux et amours déçus !

Non ce n’était point poussières de météorites qui juchaient le sol, mais bel et bien les cendres de nos cigarettes, qui le temps d’un instant nous permettaient d’oublier notre condition, notre misère. Pris dans le tourbillon de la vie, entre amours défuntes et boulot qui s’était fait la malle, nous étions devenus des « crève misère », des moins que rien, vidés de toute pensée, nus comme des vers….De pauvres hères !

En ces instants, entre deux prises médicamenteuses me permettant sinon de revivre mais de me soulager un peu, je me dictais et répétais à moi-même ce beau texte… Une vieille chanson, une vieille femme tout comme moi, dans la misère… Ce ne sont pas mes mots, seulement des maux qui me tiennent parfois éveillé, en ce monde cruel

Sur le dos cabossé
D'une vieille oubliée,
Dans un coin de la terre,
Un fagot de bois mort,
Versant de ses deux bords,
Hoquetait sur les pierres
Lourd, lourd est le fardeau,
Plus lourd encore à chaque pas nouveau.
Menton à fleur de pierre,
La vieille traîne misère
Et porte sa richesse,
L'hiver écrase sa morgue
Et le vent joue de l'orgue
Avec ses jambes sèches
Lourde, lourde est la misère,
Plus lourde encore sous le joug de l'hiver.
Le fagot, à chaque pas
Devient un peu plus plat
Sur le dos de la vieille,
Mais elle ne s'arrête pas,
Et reste peu de bois
A trois pas de chez elle,
Lasse, lasse était la vieille,
Plus lasse encore qu'au retour de la veille.
Par le papier huilé,
La porte dentelée,
Suinte un coin de lumière,
Et la vieille est entrée,
Elle a pour se chauffer,
Immolé sa misère,
Brûle, bois mort,
Tu es l'or de misère,
Chauffe plus fort
Ce qu'il reste de chair.
Mais il n'en restait pas lourd,
Et le feu tourna court
Aussitôt flamme claire,
Et la vieille oubliée
S'en retournait chercher
Son bois mort de misère.
Dieu, la voyant et peiner et gémir,
Tant eut pitié qu'il crut bon d'intervenir,
"Réjouis-toi, je t'inscris dans mon livre,
Va, je t'accorde encore dix ans à vivre."

Entre deux flashs de lucidité, je remerciais Georges Chelon pour ces vers et prenais par la main cette mamie, pour l’emmener dans un autre univers que celui où nous étions confinés, où l’air si comprimé nous empêchait de respirer… Elle était ma perle, ma déesse, ma voisine de chambrée, cette petite vieille originaire de Kabylie. Elle gardait sa coquetterie de jeunesse, de beaux bijoux en argent qui l’ensorcellent et lui donnent cet air de jouvence, naïve et belle comme une pomme. Je l’imaginais en rêve, jeune fille dans sa province d’origine… Elle avait dû en faire tourner des têtes… Que d’interrogations auxquelles je n’aurais pas de réponse… En simple suspens !

Fini de me triturer l’esprit, plus de tergiversation possible… Je me devais de l’accompagner vers cet autre monde, notre paradis… A nous, si futile soit-il ! Oublier ce cauchemar, joindre nos pas vers un monde meilleur empli d’espérance, loin de celui en horreur où pieds et têtes liés, nous étions ! Je l’ai tenu serré contre moi, ma belle, mon petit artichaut … Elle me tenait chaud, si chaud que j’eusse aimé en ces instants, l’effeuiller, et de ma langue me laisser tanguer aux caprices de ses charmes en oubliant chasteté et tempérance.

Ce ne fut que rêve éveillé… Les tenants venaient de refaire surface, pouvoir et argent ! Nous nous sommes blottis encore plus fort, comme pour mieux nous aimer, mais aussi résister à cette monarchie ô combien décalée, à ce CAC 40 symbole du fric puant.

Il était là, devant nous… Si haut, si grand, que nous ne pouvions voir que sa blouse blanche ! Infirmier ou garde-chiourme, tout dépendait des moments… Robuste comme un renne, les cheveux au vent, le coiffeur ne devait point faire partie de ses connaissances, de même pour celles plus intimes, je pense !

De sa voix monocorde, il nous lança un grand bonjour… Rien de bien fraternel, si froid ! Désolé de vous déranger braves gens (hypocrite, judas, ai-je pensé), mais l’humidité tombante, je n’avais plus de voix pour lui répondre qu’abdiquer n’était pas mon fort… Nous avons suivi le pseudo-caïd soignant, qui de nos gueules se foutait éperdument et sommes remontés offrir fesses et bouches aux piquouses et pastilles en tous genres.

Suivant du suivi ou suivi du suivant… Etait-ce si important ? Comme le fait d’avoir encore quelque notion de l’espace et du temps, nous pauvres bougres endoloris, blessés, fatigués, meurtris par cette chienne de vie ! Etions-nous en ce bourbier, semi-enterrés, depuis des lustres ou seulement une année… Qui sait ! Nous n’avions malheureusement plus de réponse.

Des balconnets de nos chambres, nous pûmes entendre les nombreux bruits du dehors… La vie grouillait autant sinon plus que la gronde populace qui s’élevait. La France travailleuse et laborieuse était en grève, en lutte pour conserver ses droits ! Le « petit roi » tremblait du haut de son siège éjectable…

Je me suis approché de ma belle, lui ai dit : « Ecoute Mamie, rien n’est mort… Ils vivent… Tout bouge »… Que ne faut-il pas faire, attendre, espérer avant que les bleuets repoussent ?

Et nous, nous étions là simples contemplatifs, aucunement jouissifs, engoncés en notre toile qui nous sert de camisole, non point à prendre de la bouteille et bon temps… Seulement enclins à cette seule obsession qui nous tiraillait en dedans… Vivre, retrouver cette liberté que nous-mêmes en notre vie, avions ensevelie par pudeur, maladresse ou faiblesse… Nous retrouver enfin dans le monde des vivants et non plus autour d’une tonnelle mais d’une table, entourés d’amis à nous goinfrer de profiteroles !

Ranger… comme pour mieux les oublier, nos mauvais souvenirs ! Dans le coin poussiéreux, celui où ne plus jamais se posera trace de nos doigts, d’une bibliothèque fermée à tout jamais.

Oublier… Renaître un jour ! Medium serais-je, aurais-je des dons cachés, inavouables… Oser apporter simple didascalie à notre grand théâtre de vie !

MICHEL

1 commentaires:

  1. aujourd'hui j'ai voulu réentendre un très beau texte de Nougaro "plume d'ange" mais je ne pensais pas en musardant sur la toile en trouver une autre de ..plume d'ange!
    il est très beau et fort ce texte Michel
    belle journée à toi
    :-)

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